mercredi 11 février 2015

A la recherche du calva perdu...


Douve de foudre (en triptyque)

Pour l’artiste, ce bois avait déjà une histoire qui lui plaisait bien. Ce sont des planches épaisses provenant de ces tonneaux géants au nom magique (les foudres). Un artisan a donc jadis travaillé ce bois, et l’objet construit a servi à un autre artisan (le viticulteur).
Quand le sculpteur choisit ces planches (1) légèrement courbes pour en faire un triptyque, il restitue l’idée qu’elles ont vocation de se joindre, même si la vie les a disjointes. Ce sera désormais le motif qui va les relier, tout en leur laissant une certaine autonomie.
Sinon, l’artiste, comme d’habitude, affirme qu’il ne sait pas ce qu’il a voulu faire : les motifs se sont enchaînés, associés, compris entre eux. Il ne peut parler que de ses élans, de ses doutes, de ses difficultés, de son plaisir. Il ne sait donc rien du sens global de l’œuvre achevée, ou plutôt cette connaissance est intime et indicible. Le sens de l’œuvre est tout entier dans son existence. Et tout le reste est littérature…
Avec le danger que l’on connaît bien dans l’art contemporain : beaucoup trop d’œuvres mutiques, hermétiques, arrogantes, qu’un certain public fuit avec tristesse, et qu’un autre encense par snobisme.
Aucun danger de ce type avec les œuvres de Francis Piquot ! Elles se passent très bien de « littérature », mais elles ne la craignent pas ; d’ailleurs, elles ne sont pas hermétiques. Le fichier est parfois crypté, comme on dit en informatique, mais on peut être sûr qu’il existe, pour chacun, une clé de lecture.

(1) Les Planches courbes est le titre d'un recueil poétique d'Yves Bonnefoy

Douve de foudre (en triptyque), chêne, 75 x 52 cm, 2015.


Témoignage :

« Francis tient à me montrer la dernière-née de ses œuvres. Il fait nuit, il fait froid dans l’atelier non chauffé, dont la porte est restée ouverte… L’éclairage est un peu chiche… Mais le triptyque, à peine entrevu, se présente immédiatement dans sa gloire ! Trois planches dressées, pas encore fixées, et cependant déjà tout fonctionne : les correspondances s’installent peu à peu. 
Au premier regard, les indices chromatiques du panneau de gauche sont forts, mais restent énigmatiques ; l’œil se porte alors au centre, où un motif d’écailles (ou de plumes) est identifiable. Puis une forme courbe, plus ample, comme une aile – une aile d’ange, pas celle d’un oiseau –, décidément je vois des plumes, et non des écailles ! Enfin, sur le panneau de droite, la profondeur de champ augmente : partie de cadre (d’une fenêtre ?) et  trou carré pour la suspension d’un tissu. Pour l’instant, je ne vois que des indices, mais je les transforme déjà en références qui pour moi font sens. Un retour sur le panneau de gauche confirme ce que j’ai déjà très envie d’y voir : en haut à gauche, un drapé blanchi (un rideau ?), et les deux formes rondes - très colorées-, un « œuf » (?) bleu et une boule rouge. Là, je craque et décide de dire ce que je vois : « une Annonciation ! » 



Pour ceux qui n’auraient pas « suivi », je précise que, selon moi, les motifs rouge et bleu peuvent avoir deux sens : soit les couleurs des vêtements de la Vierge (dans beaucoup de tableaux : robe rouge et manteau bleu) ; soit la Vierge réduite à cet «œuf» bleu… et la sphère rouge pour le Saint Esprit (lequel est souvent représenté par une colombe, mais peut se réduire à un rayon lumineux). Je précise que les entailles dans le bord des planches confirment, à mes yeux, cette notion de communication mystérieuse entre la face visible du bas-relief et la face invisible (le verso), donc – pourquoi pas ? –, entre le monde terrestre et le monde céleste.
Francis sourit, sceptique et amusé. Le bon tour qu’il joue aux visiteurs avec ses douves de foudres, qui ont gardé des vertus dionysiaques, et qui font délirer… »

Ludovic Le Soutier

samedi 20 décembre 2014

La vie continue...

Octobre 2014 : retour d'expo (Médiathèque de La Riche, pour ceux qui suivent !). Une pause, un blanc, un silence.


Toutes voiles dehors, tilleul, 75 x 46 x 46 cm


Trouble d'aubier, tilleul, 62 x 40 cm

Le même... aux champs !


Le temps d'un "retour sur image" :

Juin 2014 : après m'être échiné sur 4 billots de tilleul, dont je négociais la version finale - avec la fatigue que celle-ci requerrait -, j'entrevoyais l'incontournable envie d'une trace de gouge bienfaisante comme un luxe, un calme, une volupté, quoi !

Ainsi naquirent :


Cuisinella, chêne, 100 x 16 cm
En quête de main, chêne, 58 x 13 cm

Séduit par une base de cerisier plutôt malade, je reprends une vie de tâcheron pour éliminer les parties affaiblies, scruter l'aléatoire et fixer un chemin... Donc, tronçonnage et "trépannage" sans retour. Besogne, besogne, toujours ! Et tout ça se finit en dépouilles... d'hoplite.

Dépouilles d'hoplite, cerisier, 50 x 40 x 53 cm

Puis, je découvre une branche de prunier, à l'enveloppe galeuse, mais particulièrement dure de cœur. D'une intervention légère, voire hésitante, surgit Dossard ... Diantre ! Alors, qui prend le pouvoir ?

     
Dossard, prunier, 60 cm
Autre vue...

Enfin, un morceau de limon d'escalier en orme, épais, oblong, véreux surtout. Je choisis de faire fi des formes "cérébrales" et esthétisantes et entreprends un bas-relief conventionnel avec figures naïvement expressives. Humour et illusionnisme suranné.

Vieillerie de la veille, bonheur du jour, orme, 105 x 31 cm
Détail

En attente : trois douves de chêne bien trempées... Je rejoins mes formes "cérébrales", et mes douleurs !


Francis Piquot
277 rue de Cormery
37550 Saint-Avertin
Tél. 02 47 80 00 81


jeudi 20 novembre 2014

Petite visite de l'exposition collective "Mythologies contemporaines", à la Médiathèque de La Riche (oct. 2014)

Ce regard sur l'exposition appartient
 à une visiteuse 
ravie de son déplacement...

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En octobre 2014, les artistes de l'Artothèque Centre-Val-de-Loire ont eu le plaisir de se partager les cimaises de la salle d'exposition de la Médiathèque de La Riche. Francis Piquot était un des rares sculpteurs à occuper quelques places au sol, mais avec de belles perspectives...







"Monstre ou héros ?" de Béatrice Dannemard

Pour le titre de cette sculpture de Francis Piquot
voir ci-dessous, à la fin du message...







Francis Piquot a pris ses distances avec cette Vanité ( pleine d'humour!) mais en se rapprochant imprudemment d'autres petits monstres, les "chimères" de Pascale Douillard.
Même pas peur !

"La ronde des chimères" de Pasale Douillard



Question de "détail" :  l'individu - en bas, à gauche -  monte-t-il
sur le socle ou s'en évade-t-il ?
Sur le mur opposé, d'autres dialogues se murmurent pour le visiteur :

Au sol : "Missile Minotaure" de Francis Piquot
Au mur : "Lascaux-Gravity. com" de Claudine Dumaille

A défaut des matières, les formats et les titres se répondent : jubilation des anachronismes, du choc des logiques. Densité et légèreté, course, envol et chute...

Autre appel, cette fois, c'est le mur du couloir, devant lequel je suis passée trop vite : un tableau y flambe pourtant, avec une chaleur rayonnante :

"Éternité de l'instant" de Charly
Le "Sein des seins" de Francis Piquot a choisi la bonne perspective : sacralisation de l'éphémère, de la sensualité, de la beauté !

"Sein des seins" de Francis Piquot
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Bonne nouvelle : il y a des œuvres exposées aussi dans les étages... au milieu des services de la Médiathèque. Les usagers habituels peuvent les découvrir, en flânant pour leurs emprunts (livres, albums, CD, DVD...)

"Haute couture" de Francis Piquot

"Haute couture", sans mannequin, bien sûr, mais avec un travail raffiné sur les rubans, les morceaux d'étoffe, - ou d'écorce.
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Dans la discothèque, une oeuvre prédestinée, en quelque sorte, qui "instrumentalise" une branche de poirier !

"A la mode Erato" de Francis Piquot
La même Muse, de profil...
Pour les observateurs attentifs, entre banquette et baie vitrée, une sculpture au titre impressionnant : "Carcasse". Du prunier, excusez du peu !

"Carcasse" de Francis Piquot
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Un dernier coup d’œil  à la salle du bas, et le plaisir de revoir, sous plusieurs angles, la sculpture de Francis Piquot aperçue au début : "Alliance contre nature".





"Alliance contre nature" de Francis Piquot

Extrait du Catalogue de l'exposition :

" Étrange alliance de violence et de douceur : une sorte de main étreint le billot du sacrifice. Une esquisse de hache est restée fichée dans la chair du bois. Le socle prévoit un faux écoulement pour le sang - ou la sève. Emprise de Dieu sur le monde, de l'homme sur la nature, du sculpteur sur la matière ? L'artiste ne "tranche" pas, les couleurs non plus. L'oeuvre questionne." 

Texte et photos de Liliane Jouannet 


Francis PIQUOT
277 rue de Cormery
37550 SAINT-AVERTIN

jeudi 20 mars 2014

A la lueur du bois (2013-2014)

Le matériau "primeur" (le bois nouveau) arrive toujours, et invite le regard à anticiper. La relation, une fois installée, n'est pas si ouverte que cela : le cartésien malgré lui va devoir jeter ses doutes aux outils qu'il faudra bien empoigner !
Le premier regard saisit les évidences : volumes, format, essence et résistance...
Enfin, entrevoir un projet : croquis, documentation, références, ébauche en argile, désir !
Le premier geste est à la fois promesse et engagement.

Je travaille, vaille que vaille, et parfois je croise des mots... Voici quelques résultats :

Abstinence : un chevron courtaud de chêne, dont je devine la réconfortante densité ; vieille mortaise et queue d'aronde, pour tout discours.

Abstinence, 2013, chêne, h : 58cm.

Le Sein des seins :

Le Sein des seins, 2013, chêne, 60 cm x 14,5 cm.

Corselet : banal fût de poirier, doucement mûri, et lourd de sa patience.

Corselet, 2013, poirier, 147 cm.


Sceptre déposé : 

Sceptre déposé, 2013, cerisier, 93 cm.


Entre nous : proposition d'un embranchement modeste mais enthousiaste !

Entre nous, 2013, poirier, 34 cm x 21 cm.


Deux billots en goguette :




Alliance contre nature, 2014, tilleul, h : 85 cm, diam : 50 cm.


"Tarentella  terapeutica" : transe italienne...

Tarentella, 2014, prunier, 56 cm x 35 cm.
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Chemin faisant, le diligent s'efface devant le dilettante, parfois à contrecœur, - à contre-orgueil aussi - mais je m'accoutume en vérifiant que l'essentiel s'entrevoit, et même advient, autistique ou pas.

Francis PIQUOT
277 rue de Cormery
37550 SAINT-AVERTIN

vendredi 17 mai 2013

Nouveaux travaux (2012-2013), encore plus dilettantes?

Installation dans un nouveau lieu de vie, en septembre 2011, et donc REPRISE !

Alors que, durant la vie professionnelle, il avait fallu grapiller des moments à soi, arc-bouter une mise en oeuvre lente et incertaine, une pluie de temps libre donne le vertige ! Mais je me suis ressaisi pour rebondir, sans doute avec des gestes moins assurés et moins de certitudes.
L'anachronisme de ma technique, les bois proposés dans mes stocks, l'absence totale de préoccupations "artcontemporaines" m'ont fait basculer dans le divertissement : sculpter comme j'irais pêcher sur la grève, m'en remettant aux cailloux soulevés pour une terrible aventure...

Dans ma hotte, quelques produits :

Présence exotique  (dos).

Présence exotique  (face)
chêne polychrome,
h : 50 cm,
2012.



Scrutation,
chêne polychrome, h : 52 cm,
2012.



Euphorie viscérale,
chêne polychrome, 76 cm

 
Victoire,
prunier polychrome, h : 170 cm,
2012.












Missile "Minotaure", reprise,
cerisier, 118 cm,
2011.





  Salomé
prunier  polychrome, 77 cm,
2012.

 


Pour Salomé

" Au début, ce bois-là ne payait pas de mine...
Fatigué, usé, pas fort.
La main de l'homme a failli  l'écarter. Pas trop vaillante non plus, la main, au début.
Et puis, ce fut comme une aspiration.
La voix du bois est venue, de sa forme plus que de sa matière. La spirale demandait qu'on la suivît, ce mouvement donnait un élan.
La main n'était pas sûre, pas persuadée. Elle a hésité pour le premier motif, l'a tenté, a renoncé. Elle a pris une autre approche, a hésité encore.
Peu à peu, la pièce de bois s'est parée, a mieux existé, sans cesser tout à fait de montrer sa pauvreté, sa faiblesse. L'artiste laisse visible le dialogue : parole du bois, parole de la main. Puis le silence.
La pièce est émouvante par ce qu'elle dit de ce cheminement, de cette progression, de cet échange entre l'homme et la matière.
Le bois, qui paraissait faible, est devenu léger. La main, qui a conçu cette forme et caressé ce bois, est devenue, elle aussi, plus légère.
Cette sculpture n'est pas phallique, elle est flamme, elle vacille, elle danse. "

(Commentaire de Liliane Jouannet
13-14 mai 2013)



Ci-dessous : Boîte à malice, sans fond, chêne polychrome, 33 x 33 x 33 cm, 2011.
Vert moulu, cicatrisé
chêne polychrome, 99 cm,
2013.



S'enlacent-ils ? /  S'en lassent-ils ?
chêne polychrome, 83 cm,
2012.





"Gros câlin"
chêne polychrome, 55 x 45 cm,
2013.




Statif,
poirier polychrome, 96 cm,
2013.







Francis Piquot
277, rue de Cormery
37550 Saint-Avertin