lundi 21 novembre 2016

"Incertitude, ô mes délices..."

Renonçant à suivre "les écrevisses" d'Apollinaire, nous nous avançons vers les bois disponibles : tel se présente le travail, les beaux jours de 2016. 
Le désir de pratiquer et l'opportunité offerte par le support, voilà ce qui peut passer pour de... "l'Inspiration", comme on dit.
Or donc, cheminons avec une ...



Carapace de voyage, noyer, 79 x 34 cm
























... vers un" lieu de rencontre"...


Lieu de rencontre, houx, 25 x 24 cm


Tentons d'entendre Cassandre* (voir commentaire en fin de message)...



Cassandre, orme, 48 x 20 x 13 cm
























... et d'être épargnés par cette....


Bouche à feu réfractaire, poirier, 69 x 18 cm


Petite énigme : une pièce sans nom, entre minéral et végétal ? 


La Fougère Sphynx, prunier, 43 x 18 cm
Pour rester dans les archétypes identifiables, tels - précédemment - le Kouros et la Korê, nous découvrons (lors d'une installation fortuite) une connivence avec.... 

Vert jeune homme et Blanche fille, peuplier, 89 x 32 cm
Grosse chaleur, lumière d'août. Une pause.
Et revoilà ma troisième et dernière douve de foudre, en chêne précieux (très vieux et bien préparé par son ancienne fonction).
La première douve était traitée en triptyque, la seconde en trépied et... adieu le trois, tirons le cinq ! Ces cinq morceaux seront dressés en cercle.



Spleen d'un conciliabule, chêne, 53 x 30 cm

Le support tabouret n'était, à l'origine, qu’un instrument provisoire :  il s'est imposé, serviteur loyal et définitif.
Quant au germe rouge, c'est lui qui évoque le spleen. Au XVIIIe siècle  Diderot expliquait, dans une lettre à Sophie Volland, que le mot "spline" (sic) désignait "les vapeurs anglaises". On peut aussi penser (puisque la proposition visuelle suggère le retour au foudre originel) à "la part des Anges", célèbre formule d'origine alchimique, qui promet toute sorte de divagations...




Promenons-nous dans LE bois... Le Loup n'y est pas... C'est un...


Coryphée (de dos)
frêne, 54 cm

... de face...





















Pause.
Et reprise d'une ancienne torsade de 2007, pour "pousser l'outil" sur...



Parade d'épi, orme, 60 x 41 cm







































Autre tâche :
rejoindre une mal aimée, donc abandonnée et lui adjoindre un socle d'ormeau galeux. Ce sera...



Les haut-le-cœur de Janus, orme,
70 x 37 x 15 cm























Début novembre, les feuilles chutent... Chut !

Francis Piquot
277 rue de Cormery
37550 Saint-Avertin
Tél. 02 47 80 00 81


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Commentaire



“ Hommage à Cassandre”

Un bois pâle, presque minéral. Un visage mutique,
où il faut lire à livre fermé.
C’est Cassandre qui s’est murée là...

L’épaisse tresse de ses cheveux noués serait le souvenir de la beauté qui séduisit Apollon ?
Mais le dieu auquel elle avait extorqué le don de prophétie, - sans se donner à lui -, s’est vengé cruellement : Cassandre était moquée, on ne la croyait pas.

Désormais, Cassandre ne parle plus. Protégée par le poli du bois, elle ne voit plus le monde ingrat.
Un air dégagé, gracieux, nous dit qu’elle est heureuse.

Ludovic le Soutier

lundi 21 mars 2016

Automne-hiver 2015-2016

De retour de "campagne" (expo de Chédigny), un rendez-vous attendu : une poutre de chêne. 2 m, c'est bien long et "in-manœuvrable"... Occuper l'espace, en la coupant et en dressant les deux morceaux - l'un touchant l'autre en un point.  Contact a minima, qu'il me faudra sécuriser, avant de penser les ondes du projet, comme on fait des ronds dans l'eau !


Épaulement, 2015, chêne, 82 x 50 x 22 cm



Autre vue...

Profil


























Vue d'atelier

Rostre, 2015, poirier, 98 cm


Confidence :
destruction d'un travail de 2005 (Femme XXIV, 60 cm), abricotier ; fendu en deux parties, lesquelles seront aboutées et me laisseront négocier un autre projet, dans une nouvelle féminité. Les rondeurs sont donc "empreintes"...

Rondeurs "empreintes"..., abricotier, 97 x 24 cm

Rondeurs... l'autre point de vue !

Don gracieux d'un facteur de didgeridoo :

Pilori d’agrément, 2015, frêne, 170 cm

Rompre le cylindre dodu, d'où pourrait sortir le" vivant intérieur":

Émancipation, 2015, poirier, 55 x 30 cm

Autre vue
























Clin d’œil à la Grèce antique :
ou comment proposer deux archétypes au brillant souvenir d'élégance discrètement érotique, en respectant la géométrie triviale d'un bois de construction ?

Kouros
Kouros ? Yves Saint Laurent a déjà utilisé le mot pour une célèbre ligne de parfums…Francis Piquot est plus fidèle à la tradition de la Grèce archaïque, dont les statues de jeunes gens- et de jeunes filles- étaient en bois avant d’être en pierre. 
L. Jouannet

Kouros-korè, 2015-2016, iroko, 88 cm

Bien sûr, le kouros est toujours nu, et la korè vêtue d'une tunique, dont l'artiste se plaît à suggérer le drapé...
"Kouple"


Comment s'amuser "à l’œil" avec de vieilles ficelles ?
Ce petit bout de prunier est grandement dense et chaud... S'y  baigner avec paresse !
Le tissu peint masque et révèle à la fois mon doute.

Cagoule aux aguets, 2016,
prunier, 35 cm

Profil...



Le fût de noyer, et tout son aubier,
nouvelle vanité ?
A moins de trouver une lecture émotive ?
Et rebondir...?


... noyer, 75 x 19 cm
Sémiramis, 2016...






















Sémiramis en son jardin

Sémiramis ? Un nom qui chante et qui fait rêver… Il signifie « colombe » en langue syrienne, comme le disent les savants. La légende rapporte aussi la belle histoire d’une petite fille, née d’une déesse et d’un mortel, « exposée » à sa naissance, et nourrie… par des colombes, qui dérobaient à des bergers des gouttes de lait dans leur bec… Elle est devenue ensuite une de ces reines mythiques, belles, intelligentes, guerrières, conquérantes, bâtisseuses de villes… Elle a fondé Babylone* !
*Mais non ses jardins suspendus,  précise Diodore de Sicile, qui est bien renseigné : les fameux jardins ont été conçus pour une femme plus fragile, plus sentimentale, chouchoutée par son époux (Nabuchodonosor !) qui voulait lui restituer le paradis de ses origines, la Perse. C’est une tout autre histoire…

La sculpture de Francis Piquot est immédiatement séduisante, tout en inspirant le respect : le port est royal, la tenue d’apparat, mais sans ostentation, comme la vraie puissance. Les orfèvres et les brodeurs se sont bien appliqués - c’est ce que l’on attend d’eux -, et l’œil du spectateur peut s’aventurer dans les détails. Entre les arcades et les perspectives, les « motifs » de la robe peuvent – ou non – suggérer tout un monde.
La reine se montre pour se faire admirer, mais elle ne nous voit pas, elle est à la fois très intensément présente et hors de l’espace et du temps.


Liliane Jouannet

Francis Piquot
277 rue de Cormery
37550 Saint-Avertin
Tél. 02 47 80 00 81


vendredi 3 juillet 2015

En Touraine, une visite au "Pressoir" de Chédigny (juin 2015)










Textes et photographies 
de Liliane Jouannet 



Dans cette deuxième quinzaine de juin, plusieurs sculptures de Francis Piquot ont été exposées dans une belle salle du "village des roses" (le Pressoir de Chédigny, en Indre et Loire) ; elles étaient en excellente compagnie, avec des œuvres des peintres Catherine et  Rémy Gendre...

Il s'est créé de façon improvisée, des "correspondances"  entre les parfums, les couleurs et... les formes, pour paraphraser le célèbre vers de Baudelaire :

"Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent."
("Correspondances")

Nous aimerions partager, 
avec quelques images, et quelques vers des Fleurs du Mal,
 la magie de cette visite.


Entrée du Pressoir : les portes vitrées reflètent
l'autre côté de la rue

Dans la rue, les parfums...




A l'intérieur, les parfums, les couleurs et... les formes se répondent... 


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En voici des échos :


F. Piquot, Pénitente
"O moine fainéant ! quand saurai-je donc faire 
Du spectacle vivant de ma triste misère
Le travail de mes mains et l'amour de mes yeux ?"

 ("Le Mauvais Moine")



















F. Piquot, Confuse envie d'essor



"A te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d'enfant
Se balance avec la mollesse 
d'un jeune éléphant [...]"

("Le Serpent qui danse")












F. Piquot, Dépouilles d'hoplite et,
à l'arrière-plan, Corselet






"Deux guerriers ont couru l'un sur l'autre; leurs armes
Ont éclaboussé l'air de lueurs et de sang."

("Duellum")














F. Piquot, Trépied



"[...] c'est Satan trismégiste*
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste."

( "Au lecteur")


* trismégiste : adj. d'origine grecque ("trois fois très grand"), désignant d'ordinaire un "Hermès" égyptien, fondateur légendaire de l'alchimie. 















F. Piquot, Toutes voiles dehors, et
à l'arrière plan, Peste soit!



"Pour soulever un poids si lourd,
Sisyphe, il faudrait ton courage !
Bien qu'on ait du cœur à l'ouvrage,
L'Art est long et le Temps est court."


("Le Guignon")

















F. Piquot, Haute couture



"Que c'est un dur métier que d'être belle femme..."

("Confession")
















F. Piquot, Victoire



"Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;"

("Parfum exotique")






























F. Piquot, Douve de foudre 





"Un Ange, imprudent voyageur
Qu'a tenté l'amour du difforme,
Au fond d'un cauchemar énorme
Se débattant comme un nageur, [...]"

("L'Irrémédiable")



N.B. : Pour l'aperçu de l'"Ange"
voir l'interprétation suggérée
dans le message précédent du blog...









Les Hiboux
F. Piquot, Frémissement

Sous les ifs noirs qui les abritent,
Les hiboux se tiennent rangés,
 Ainsi que des dieux étrangers
Dardant leur œil rouge. Ils méditent.

Sans remuer ils se tiendront
Jusqu'à l'heure mélancolique
Où, poussant le soleil oblique,
 les ténèbres s'établiront.

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
Le tumulte et le mouvement.

L'homme ivre d'une ombre qui passe
Porte toujours le châtiment
D'avoir voulu changer de place.





F. Piquot,  A la mode Erato (1er plan) et
Statif (2e plan)

"Nous aimions cette humble musique
Si douce à nos esprits lassés
Quand elle vient, mélancolique,
Répondre à de tristes pensers."

(Poèmes divers, "Incompatibilité, IV")


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En quittant cette salle, un dernier regard
sur l'ensemble :
le tableau de Rémy Gendre, 
astucieusement suspendu,
ne laisse pas de nous intriguer...



Rémy Gendre, Arrêt sur image


Voici les quelques lignes qu'il m'inspirera le lendemain :

Ma rencontre avec l'Ange
L'Ange avait été envoyé, comme d'habitude.
Le voyage avait bien commencé, à travers l'espace et le temps. Le ciel, la terre, l'Italie, ah ! l'Italie...
Et puis quelque chose s'est détraqué. L'air, soudain moins bleu, moins léger - ou alors trop, on ne sait.
Les ailes ne furent plus soutenues, et ce fut le "choc" étrange, contre du mou, contre du flasque.
Lui, d’ordinaire, il fait "Annonciation" ou "Nativité". Il traverse les murs. C'est lui qui surprend, et l'on s'agenouille devant lui. Il a l'habitude de dominer la situation, avec grâce.
Mais là, s'il pouvait voir ce que l'"arrêt sur image" permet de comprendre de l'accident, il saurait qu'il se fracasse sur une meule de foin, abritée sous un hangar, et protégée par une bâche en plastique transparent - plastique fin, ce n'est peut-être qu'"un film".
Film ? Plastique ? trop de mots inconnus : cet Ange n'a rien à faire dans ce monde où on ne l'attend plus. Dieu a dû mourir entre temps, et la peinture aussi, une certaine peinture... Désormais, on ne veut plus de lui.
Le peintre a eu pitié, il ne nous a pas montré la mort de l'Ange.

L. J.
21 juin 2015

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Les artistes (de gche à drte) : Rémy et Catherine Gendre, peintres,
Francis Piquot, sculpteur.
Photo Nouvelle République (détail)

du 23/06/2015.
Voir
http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Communes/Ch%C3%A9digny/n/Contenus/Articles/2015/06/23/Peintures-et-sculptures-au-Pressoir-2376793